Cheminant du sud, je puis vous assurer que ma route fut longue et fatigante, mais je redoublais d’ardeur en direction de la Bretagne, impatient de découvrir LA légende de mes propres yeux, de la sentir et de l’entendre, car cela me semblait impossible, voir surnaturel… qu’elle soit éternelle !
Je suis sûr que vous voyez de quoi je cause… Vous savez, cette légende qui se veut une vérité dans la bouche des gens qui vous parlent avec un air bravache, le menton haut et le regard condescendant de ceux qui savent. Il y a toujours une personne qui raconte la Bretagne comme si c’était le fond de sa poche et qui ne vous parle que d’une seule chose. Alors, vous voyez ce que c’est que LA légende ?
Arrivé à Rimaison et avant de toquer à la porte de mes hôtes, je levais une énième fois le nez au ciel et restais tout aussi perplexe : étrange, vraiment étrange… ou se cache LA légende ? Durant mon trajet, j’avais eu le temps d’y réfléchir et au fond de moi, j’en étais venu à penser que c’est l’arbre qui cache la forêt.
Dans la maison, je posais mon bardas et prenais place en bout de table. Il me tardait de discuter …mais, j’étais invité, aussi je me faisais fort d’user de di-plo-ma-tie pour en apprendre plus sur LA légende lorsque l’opportunité se présenterait.
Une fois assis, mon hôte me versa une belle bolée de jus de pomme. Un liquide doré et légèrement acidulé, dont la fraicheur vous réchauffe les sens et vous pétille les papilles. Un jus qu’il presse lui-même avec les pommes de son champs, me dit-il simplement.
Lui, c’est Mickaël, un grand échalas aussi causant qu’un hêtre. Il se dégage du bon-homme un calme rigoureux, une force mesurée, une sagesse naturelle qui est enracinée en lui.
Mais si je vous le décris lui, il est juste que je vous parle de sa femme.
Elle se tenait au-dessus de l’âtre. D’un morceau de saindoux, elle frotta généreusement une galetierre, puis y versa une onctueuse pate légèrement brune qu’elle façonna en quelques tours de mains afin de lui donner une belle rondeur. Jugeant que la ronde galette était suffisamment saisie, dans un même élan, elle la décolla et retourna, afin qu’elle dore harmonieusement. Je ne sais combien de fois elle répéta ces gestes mais lorsqu’elle déposa une large assiette blanche et bleue devant nous, je fus emparfumé par la délicate odeur de noisettes grillées qui exhalait des galettes de sarrasin qu’elle venait de sortir du feu.
Elle s’est Laurille, un petit bout de femme encoloré, qui dirige sa maisonnée comme elle œuvre auprès de son feu : en conscience de ce qu’elle doit faire afin que chacun trouve sa place et se régale de ce qu’elle partage. Entre mots et mets, elle parfume les moments.
Si vous pensez que je vous raconte des fariboles, allez les voir de ma part, ils vous ouvriront leur porte et vous accueilleront la main sur le cœur, pour sûr !
Ce même soir, voyez-vous, leur porte resta naturellement ouverte : ils avaient invité la famille et les voisins (c’est du pareil au même pour eux) et chacun de venir partager quelques bouteilles, des sablés, des crêpes garnies de la fameuse confiture du Lennic… et j’en oublie. Nous étions une bonne quarantaine. Laurille tournait et retournait chaleureusement et chacun d’apprécier d’un juste mot ses délicieuses galettes. Mickaël passait de l’un à l’autre pour partager quelques mots. Les heures s’égrenant, les discussions mesurées, laissèrent place à des volées de rires. J’écoutais plus que je ne parlais et souriais à la bonne humeur de l’assemblée…. Je pourrais vous parler de Simone la matriarche, de Gilles sculpté dans un pied de chêne, d’Eliane et son rire carillonnant comme un grelot, de Guénaël à l’esprit facétieux ….Tous plus attachants les uns que les autres…. Mon oreille écoutait quelques historiettes du coin et d’autres fins mots que je ne pourrai rapporter qu’ à des esprits espiègles. Oui, des histoires j’en ai entendu, des légendes il m’en a été conté…
Et alors ….LA légende, me direz-vous.
Je me souviens.. J’étais dehors à contempler les étoiles dans la nuit noire et non loin de moi une forme dans l’ombre semblait faire de même…j’ai osé.
« Veuillez excuser ma méconnaissance, mais il m’a été raconté, qu’en Bretagne il pleut tout le temps… et que cette pluie coule depuis une éternité… j’espérais la trouver en arrivant…. Mais c’est le soleil qui m’a accueilli…
L’ombre se tourna vers moi…
Voyons Colporteur, toi qui joues avec les mots, n’as-tu point deviné ce qu’il en est de cette pluie ? La pluie est symbole de vie, elle est le trait d’union entre le ciel et la terre, entre les Hommes et la Nature. Elle nettoie et nourrie la terre afin que la vie prenne corps…. Si tu as rencontré le soleil, c’est parce que la pluie l’accompagne. Car le soleil comme la pluie sont les éléments éternels de l’histoire de cette terre.
Tu t’es délecté de bonnes galettes ? La pluie a nourri la terre qui porte le grain qui a germé grâce au soleil, pour faire une farine qui additionnée d’eau et de chaleur a fait ton régal
Tu ris de bon cœur, c’est que la pluie a donné la fertilité au vivant afin qu’il ensemence le monde et fasse éclater des rayons de vies qui partagent rires et pleurs.
Ici la pluie est un trait d’union, un pont… un prétexte pour chanter, danser … pour rayonner et vivre ensemble… »
L’ombre s’enfonça dans l’ombre de la nuit et disparut, me laissant tout chose dans mes pensées. Comprenant que pluie et soleil sont en nous et qu’il nous incombe d’en trouver le juste équilibre afin de le prodiguer autour de nous.
Dans la nuit noire une pluie fine se mit à tomber, tandis que je retournais dans la chaleur solaire de l’assemblée.
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Que c’est joliment raconté ! Merci Colporteur !! ❤️
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toujours aussi joliment écrit. Bisous à tous les deux
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