Ce vieux cep qui est mon ami

Brin de vue / semaine -15

Asseyons-nous ici, et regardez par derrière le clocher du village : c’est doux un soleil qui s’endort.

Là, devinez-vous les animaux pointant leur nez et les vignes respirant la fraîcheur du soir ? Fermez les yeux, écoutez : elles murmurent entre elles.

Elles sont belles les vignes : elles ont des feuilles fortes et généreuses pour protéger leurs grains charnus avant les vendanges.

Tiens, ça me donne envie de vous causer d’un vieux cep de ma connaissance.

« Tudieu l’ami » ne me prêtez pas des pensées égrillardes à vous parler de jeunes pousses. Ne soyez pas espanté par ces vignes vierges, qui étalent leurs sarments tout en vous promettant les plus beaux fruits. Ces aguicheuses vous entortillent l’esprit. Elles vous promettent une fraîcheur nouvelle, mais s’accaparent le soleil et la rosée. Elles agitent leurs feuilles pour briller mais que pouic des fruits promis : elles resteront toujours des vignes de gloriettes, c’est leur « politique » !

Non, moi je vais vous parler d’un cep qui ne fait pas de bruit, qui pousse sagement, il a une richesse d’âme, que par humilité il ne veut point prétendre.

Dans ce village, vous pouvez voir des vignes anciennes, de celles qui ont des racines profondes, de celles qui connaissent la terre, qui ont de la valeur, elles. Oui je vous parle de ces vignes qui portent les stigmates du temps. De ces vignes qui sont délaissées, envahies par les herbes folles, protégeant les jeunes coquelicots éphémères, bornes des animaux perdus qui face à la rage du soleil comme aux pluies torrentielles, résistent et rassurent, Et au milieu de ces vignes, il y a un cep différent.

Les anciens vous diront qu’ils ont toujours su qu’un chien blanc venait se coucher contre lui, prenant le chaud, se levant au soir, le poil mêlé de « tiro-péu » alors ça m’a questionné lorsque je suis arrivé ici.

Ce cep, il est presque droit, marqué et noueux : un vieux cep bien rustique vous me direz. Mais en l’observant, vous remarquerez qu’il a une « patte folle » au niveau de sa souche, sûrement un accident dans l’impétuosité de sa jeunesse (à vouloir trop vite pousser, on oublie que le terrain est glissant sur ces pierres). Ses vrilles, sont encore fortes et vigoureuses, droites avec un brin de fantaisie qui tournicote lorsqu’on ne s’y attend pas. Et ces grappillons à peine cachés, ajoutent un soupçon d’acidité dans ses fruits. Entre les cernes de sa souche il protège des cigales qui sommeillent en rêvant aux grandes chaleurs de l’été à venir. De ses deux sarments, il soutient les ceps plus anciens et aide les coccinelles à s’envoler ou oriente ses feuilles pour abriter les abeilles qui s’égarent.

Je tiens pour sûr qu’il étend sagement ses racines autour de lui. Pour preuve, il distribue toujours les fruits de la bonté de son cœur. Car derrière cette souche griffée et marquée par les ans, vous découvrirez un cœur de tendresse et d’amour pour les animaux, la nature, le village et même les hommes… et pourtant…

Dans son mûrissement il apprécie les sucres d’antan, les saveurs du bon et du mauvais temps passé qu’il voit défiler, qu’il aime à se souvenir et partager.

Un soir prochain, si le cœur vous le dit, je vous le présenterai ce vieux cep en particulier. Luc a toujours un verre de rosé à partager et de bons mots à échanger. Et peut-être même, que vous devinerez l’ombre d’un chien blanc à ses cotés… mais chut, c’est son secret.


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Publié par Fauthentic Compagnie

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